SHO CHIKU BAI NO KEN

Shugyo Aïkido

Le Sabre de O-sensei

D'après ARIKAWA Sensei, 9e dan de l'Aïkikaï de Tokyo, c'est en 1942 que l'aïkiken en 18 mouvements est devenu le SHO CHIKU BAI NO KEN : le sabre du pin, du bambou et de la prune japonaise.

Pourquoi une telle appellation ? Pour symboliser, selon HIKITSUCHI Sensei, les vertus que doit posséder tout pratiquant.

SHO : le pin. Pour les japonais la feuille de pin quel que soit le côté qu'on regarde présente la même face, la même surface. Elle symbolise le caractère pur, plein de constance. Devant un adversaire, quel qu'il soit, notre attitude doit rester invariable.

CHIKU : le bambou. Il symbolise la souplesse et la force, une force et une énergie que rien n'arrête quelle que soit la situation. Nous devons avoir cette même énergie pour progresser sur notre chemin, pour nous « nettoyer », nous « purifier » quand nous pratiquons.

BAI : la prune japonaise. Elle symbolise la douceur, donne la notion d'éternité, de bonheur par son goût à la fois doux et amer. Nous devons apporter du bonheur à notre partenaire quand nous nous exerçons.

Techniquement le SHO CHIKU BAI NO KEN est très simple : il comporte trois formes de base qui évoluent selon un triangle par déplacement des pieds ou des hanches. Mais les mouvements doivent se réaliser au moment où la personne qui est en face pense à attaquer ; et c'est là toute la difficulté inhérente à cette discipline.

Selon HIKITSUCHI Sensei l'enseignement du SHO CHIKU BAI NO KEN était uniquement verbal et c'était en attaquant O'Sensei que l'on apprenait sur le plan de la pratique. C'est aussi la manière d'enseigner de HIKITSUCHI Sensei à ses disciples.

Gérard Blaize 8e dan de l'Aïkikaï de Tokyo



En tant qu'Aïkidoka passionné par la pratique des armes et ancien pratiquant de kendo (2e Dan), je trouve le sujet des armes en Aïkido intéressant. Le travail du corps, le déplacement et l'esprit qu'elles imposent sont des vecteurs de rigueur essentiels à notre discipline.

L'étude du Bo-jutsu (technique du bâton) est en cela un outil incroyable pour ancrer nos placements et déplacements (Tai Sabaki), tandis que le Bokken (sabre en bois) nous enseigne l'étude des attaques, la posture et surtout, la détermination.

Mais attention ! Il est crucial de faire la distinction : le sabre d'O-Sensei, souvent nommé Sho Chiku Bai No Ken, n'est ni du Kendo, ni du Kenjutsu au sens traditionnel. Ce sont littéralement des études distinctes, même si l'outil – le Bokken – est le même.

J'ai pratiqué le Kendo suffisamment longtemps pour comprendre sa clarté : l'objectif est précis. C'est la recherche de la coupe juste : toucher la bonne partie du corps (Datotsu-bui) avec la bonne partie du Shinai (Datotsu-bu), tout en unissant l'énergie, le sabre et le corps (Ki Ken Tai No Ichi). C'est une discipline de l'affrontement et de la compétition, avec des objectifs facilement quantifiables.

En revanche, dans le sabre de l'Aïkido, l'objectif est différent. Je ne prétend pas connaitre le Sho Chiku Bai No Ken. Néanmoins, en m'exerçant avec mes Senseis, une évidence s'impose

Lorsque j'attaque correctement, je sens, à travers leur corps et leur sabre, que leur coupe n'est pas "contre" moi, et qu'elle précède la mienne.

En réalité, il y a très peu de mouvement, et je n'ai pas ou plus la possibilité de réattaquer ou de couper. C'est seulement lorsque le sensei libère l'espace et crée l'ouverture que je peux me repositionner pour relancer l'attaque. On peut donc observer ici que le sabre, dans le cadre de l'Aïkido, poursuit un tout autre objectif

David Stezycki 3e dan de l'Aïkikaï de Tokyo